Les petites entreprises : la cerise et le Sundae du vote de lundi?

97,9 %. De toutes les entreprises au pays, 97,9 % sont des petites entreprises, c’est-à-dire employant moins de cent salariés. Les « petites » sont 1,15 millions. La quasi-totalité des personnes en âge de voter sont donc des employés ou dirigeants de petites entreprises. Une sacrée part de gâteau que les candidats aux élections fédérales ont avidement commencé de picorer dès le coup d’envoi de la campagne. « Les Canadiens ont créé plus d’un million d’emplois en quatre petites années, et la plupart du crédit revient aux chefs de petites entreprises » : le chef libéral Justin Trudeau a donné le ton lors de son discours de Trois-Rivières en septembre, son opposant conservateur Andrew Scheer a rétorqué qu’il serait de meilleur ton d’abroger les impôts qu’il avait mises en place tandis que le néo-démocrate Jagmeet Singh fait malignement de l’œil à tous les employés de ces 1,15 millions de petites entreprises en attente d’une couverture dentaire et d’une assurance-médicaments.

À quelques seulement jours du scrutin, c’est l’occasion pour les petites entreprises de gagner en visibilité, mais aussi de faire preuve de leadership éclairé, en venant décrypter les plateformes électorales et ce qu’elles impliquent pour l’avenir économique de tout-un-chacun. Ironie du sort, la « semaine des PME » débute… lundi! Et si vous manquez de temps d’ici là, vous pouvez tout aussi bien expliquer à vos paires ce qui sera amené à changer lorsque le futur gouvernement sera adoubé.

KLC vous a prémâché le travail en analysant les promesses des différentes plateformes pour vous aider à orienter vos communications stratégiques. Les vraies promesses. No sugar coating.

 

Parti Libéral du Canada

Le chef libéral a fait des petites entreprises l’un de ses fers de lance de campagne.

Justin Trudeau propose ainsi, s’il est réélu, de créer le Compte canadien pour les entrepreneurs, administré par la Banque de développement du Canada (BDC) et qui viendrait aider 2 000 Canadiens par an à se lancer en affaires. Les 2 000 tickets d’or pourraient s’élever à jusqu’à 50 000 $. Une rondelette somme. Plus encore, le candidat sortant propose de réduire le fardeau administratif pour soulager les finances des petites entreprises : les frais de transaction prélevés sur le montant de la TPS/TVH lors des paiements par carte de crédit doivent sauter. Un gain estimé à 500 millions de dollars.

Les femmes ont été annoncées comme étant la pièce maîtresse de cette stratégie destinée aux petits entrepreneurs. Alors que le Canada compte seulement 16 % de femmes à la tête des entreprises, Trudeau entend doubler ce nombre d’ici à 2025. Si le plan d’attaque pour s’y rendre n’est pas très clair, les libéraux promettent toutefois d’aider les nouvelles arrivantes et les femmes issues de minorités visibles en investissant 9 millions de dollars supplémentaires sur trois ans, de mieux collaborer avec les organismes de développement économique, de l’agriculture et du commerce, et de débloquer des fonds pour la recherche universitaire sur la race, la diversité et le genre au Canada.

Le parti entend également réduire de 75 % les frais de constitution en société de régime fédéral, éliminer les frais liés aux services-conseils aux entreprises par la BDC, Exportation et développement Canada et Financement agricole Canada, inaugurer la paie électronique en temps réel pour ne plus à avoir à soumettre de relevés détaillés à Service Canada et verser 250 $ aux nouvelles entreprises qui élargissent leurs services en ligne.

 

Parti Conservateur du Canada

Le chef conservateur Andrew Scheer entend soulager les petites entreprises en jouant principalement sur le levier de l’impôt. Plus exactement, en « stoppant les attaques de Trudeau contre les petites entreprises ». Le message est clair. Pour ce faire, le parti promet d’annuler les hausses d’impôt mises en place par le gouvernement fédéral concernant les investissements des petites entreprises en rétablissant les déductions. Les impôts venant taxer les dividendes des conjoints des propriétaires de petites entreprises passeraient également à la trappe.

Les conservateurs veulent également s’attaquer à la question du fardeau administratif. Le gouvernement, s’il était conservateur, s’imposerait une réduction de 25 % du fardeau administratif sur quatre ans en suivant la règle du deux pour un : éliminer deux règlements si un nouveau est inscrit dans les livres fédéraux. Pour cela, un ministre sera mis en place spécifiquement.

Enfin, un groupe de travail serait nommé dans le but de revoir le régime fiscal, notamment en s’assurant que les programmes d’innovation bénéficient aux entreprises canadiennes, et non aux filiales de multinationales étrangères installées au pays.

 

Nouveau Parti démocratique du Canada

Jagmeet Singh l’a martelé durant toute la campagne : pour lui, l’instauration d’une couverture dentaire et l’assurance-médicament est une façon de soutenir les petites entreprises : les dirigeants de ces dernières ne devraient pas payer les assurances privées de leur poche, a déclaré le chef du NPD. Le régime public et universel d’assurance-médicament soutenu par Singh devrait permettre aux entreprises, selon le parti, d’économiser 600 $ par an et par employé, lorsque ceux-ci bénéficient d’une assurance-maladie complémentaire.

Alors qu’ils avaient soutenu la réduction des impôts destinés aux petites entreprises, le NPD souhaite également lutter contre les frais « injustes » en mettant en place une législation qui encadrera de façon plus juste le transfert des petites entreprises familiales et en supprimant les frais imposés sur les transactions par cartes de crédits.

Dans le souci d’alléger les lourdeurs administratives, le parti propose d’instaurer un point de contact unique envers les services gouvernementaux pour les petites entreprises.

Des investissements ont également été annoncés pour venir lutter contre la pénurie de main-d’œuvre, notamment en soutenant la formation et les groupes sociaux sous-représentés dans le travail, mais leur montant n’a pas été révélé.

 

Le Parti vert du Canada

Ne pas toucher au niveau actuel de l’impôt envers les petites entreprises. C’est l’engagement d’Elizabeth May. Alors que le parti vert promet un régime d’assurance-médicaments pour tous d’ici 2020, la question du soutien aux petites entreprises est davantage éludée que dans les autres plateformes, et bien que le parti promette de mettre les petites entreprises en priorité au travers d’une législation.

À l’instar du NPD, les verts entendent aussi monter le salaire minimum à 15 $ de l’heure. Ils veulent de surcroît supprimer le programme de travail temporaire destiné aux étrangers et mettre en place une garantie de revenu décent ainsi qu’une taxe « robot » qui viendrait pénaliser les entreprises qui remplaceraient leurs employés par des machines, afin de soutenir l’emploi local.

 

Le Bloc Québécois

Désireux d’accroître son influence dans la Belle Province, le Bloc s’engage à mettre en place un fond de capital pour prioriser le développement des technologies sur le sol québécois plutôt que la revente de brevets.

Pour assurer que les petites entreprises perdurent, le parti promet de mettre fin aux règles fiscales qui défavorisent le transfert entre deux générations. Les appels d’offres publics et privés devront également obligatoirement inclure des entreprises dirigées par des femmes.

Les startups technologiques seraient soutenues grâce à des investissements dans la recherche-développement en partage de risques.

Yves-François Blanchet souhaite par ailleurs protéger les fleurons québécois, en modifiant la Loi sur les sociétés par actions pour mieux protéger les entreprises contre les prises de contrôle. Une annonce qui vient faire écho à l’affaire Rona.

 

Le Parti populaire du Canada

Bien qu’il fût ministre d’État aux Petites Entreprises sous le gouvernement Harper, Maxime Bernier ne s’est pas attardé sur la question des petites entreprises, et, à l’inverse de ses opposants, n’a fait aucune déclaration particulière à leur attention.

On peut toutefois noter que le chef du parti s’engage à supprimer les subventions aux entreprises jugées inefficaces, qu’il s’agisse du sauvetage des entreprises défaillantes, des subventions pour le développement régional, des prêts conditionnels et garanties de prêts assortis d’une subvention implicite, ou encore des crédits d’impôt. Le but? Faire des économies de 5 à 10 milliards de dollars par an.

Le taux d’imposition des entreprises passera également, si le parti est élu, de 15 à 10 %. Pour Monsieur Bernier, c’est la productivité avant tout!