C’est ça l’économie, voyons dont : les campagnes fédérales ciblent la classe moyenne

Nick de Pass

Derrière le chaos et les lignes d’attaque qui ont fusèrent lors du débat des chefs de la semaine dernière, l’objectif apparaissait pourtant clairement pour chacun des six principaux partis : courtiser les électeurs de la classe moyenne. Le chef libéral Justin Trudeau a promis de donner aux Canadiens « les outils nécessaires pour réussir ». Les conservateurs d’Andrew Scheer en ont fait la pièce maîtresse de leur campagne, en insistant sur le fait qu’il était « temps pour [nous] d’aller de l’avant ».

Moins d’une semaine avant le jour du scrutin le 21 octobre prochain, c’est l’occasion pour ceux travaillant dans le secteur des services financiers d’augmenter leur visibilité en analysant les plateformes des partis et en expliquant ce que cela signifie pour le porte-monnaie des Canadiens.

Si vous n’avez pas encore tourné votre attention vers la politique, KLC a rassemblé un aide-mémoire pratique des différentes plateformes des partis pour vous aider à orienter votre plan de communication stratégique.

Parti Libéral du Canada

Les libéraux de Justin Trudeau ont pris le pouvoir en 2015 avec la promesse d’équilibrer le budget d’ici 2019. Ils n’ont pas réussi. Cette fois, ils s’engagent à dépenser 9,3 milliards de dollars supplémentaires en 2020-21 et ne reviendront pas à l’équilibre budgétaire avant 2040, au plus tôt. Toutefois, le parti affirme qu’une croissance économique accrue signifie que leur plan permettra de réduire les déficits par rapport au PIB, un indicateur clé de la santé financière. Une récession torpillerait probablement cette promesse.

Les libéraux promettent également de réduire l’impôt sur le revenu, en augmentant la déduction de base de ce dernier à 15 000 $ pour les particuliers dont le revenu est inférieur à 147 000 $. Cette perte de revenus serait partiellement compensée par de nouvelles taxes sur les ventes de véhicules de luxe et sur les géants technologiques comme Netflix, Google et Amazon qui génèrent des ventes au Canada. Ils ont également promis de réduire de moitié l’impôt des sociétés pour les entreprises qui fabriquent des technologies à émissions nulles.

Parti Conservateur du Canada

Andrew Scheer a tenté de se positionner comme étant plus responsable sur le plan financier que son homologue libéral. Les conservateurs se sont engagés à éliminer le déficit en cinq ans — après s’être d’abord engagés à le faire en deux ans — tout en mettant en place une « réduction d’impôt universelle ». Si les conservateurs accèdent au pouvoir, ils prévoient ramener de 15 à 13,75 % sur trois ans le taux d’imposition des revenus inférieurs à 47 630 $. La réduction d’impôt coûtera environ 6 G$, que les conservateurs prévoient de compenser en réduisant l’aide étrangère de 1,5 G$ et en éliminant 1,5 G$ en subventions aux entreprises. D’où viendront les autres 3 G$ d’économies ? Ce n’est pas clair.

Scheer a également promis d’abroger les modifications fiscales libérales qui ont éliminé la répartition du revenu, tout en abolissant la TPS sur les coûts de chauffage résidentiel et la taxe sur le carbone. Il rétablirait les crédits d’impôt pour le transport en commun et les programmes de conditionnement physique et d’arts pour les enfants, tout en réduisant les impôts de 15 à 5 % pour les entreprises qui fabriquent des technologies vertes.

Les conservateurs chercheraient également à accélérer le processus de construction des pipelines, en promettant d’utiliser la Constitution pour déclarer les pipelines « dans l’intérêt national » si nécessaire.

Nouveau Parti démocratique du Canada

Jagmeet Singh et le NPD ont proposé un nouveau pacte pour les travailleurs qui créerait 300 000 emplois grâce à des investissements dans l’énergie propre et l’infrastructure durable, tout en augmentant le salaire minimum à 15 $ l’heure et en instaurant un régime universel d’assurance médicaments. Le NPD a promis d’équilibrer le budget « lorsque ce sera prudent », mais n’a pas proposé d’échéancier pour ce faire.

Singh a proposé de freiner les réductions d’impôt envers les sociétés, de supprimer les échappatoires fiscales, de faire passer le taux d’imposition des gains en capital de 50 % à 75 % et de faire passer de 33 % à 35 % le taux maximal de l’impôt fédéral sur le revenu des particuliers. Le NPD créerait également un « impôt sur la fortune » de 1 % pour ceux ayant une valeur de plus de 20 M$.

Le parti a été critiqué pour ses politiques confuses sur les pipelines, mais il s’est engagé à augmenter les taxes sur le carbone pour les plus gros émetteurs industriels.

Le Parti vert du Canada

Le Parti vert d’Elizabeth May s’est engagé à équilibrer le budget d’ici à cinq ans en générant des revenus de façon agressive. Le parti prévoit faire passer le taux d’imposition des sociétés de 15 % à 21 %, de mettre en œuvre de nouveaux tarifs incluant un « impôt sur la fortune » qui générerait 2 G$ ainsi que des impôts sur les transactions financières et les boissons sucrées. Il éliminerait également les échappatoires fiscales, augmenterait les taxes sur les géants de la technologie comme Netflix et Google, et explorerait des moyens de taxer la cryptomonnaie. Les Verts créeraient également une nouvelle Commission fédérale de la fiscalité pour s’assurer que le régime fiscal est équitable et accessible.

Pour ce qui est des nouvelles dépenses, Mme May s’est engagée à verser un revenu de subsistance garanti et des études postsecondaires gratuites, et elle étudiera aussi les conséquences de l’adoption d’une semaine de travail plus courte.

Les Verts appuieraient également la taxe sur le carbone dans le cadre d’une stratégie environnementale plus large, à savoir aucun nouveau pipeline et l’élimination des subventions à l’industrie des combustibles fossiles.

Le Bloc Québécois

L’appui à la souveraineté du Québec est presque à son plus bas niveau historique, mais le Bloc espère toujours accroître son influence dans la province. Le parti veut transférer le contrôle de l’impôt fédéral sur le revenu à la province plutôt qu’à l’Agence du revenu du Canada, prétendant que cela rendrait les choses plus simples pour les Québécois et Québécoises. Le Bloc veut aussi imposer les géants de la technologie et sévir contre les sociétés qui utilisent des paradis fiscaux à l’étranger.

Le parti tente également de se positionner comme option verte en s’engageant à augmenter la taxe sur le carbone dans les provinces où les émissions par habitant sont supérieures à la moyenne (donc, pas au Québec) et à éliminer les nouveaux pipelines — particulièrement l’oléoduc Énergie Est, qui traverserait le Québec.

Le Parti populaire du Canada

Maxime Bernier a créé le Parti populaire après avoir échoué lors de sa tentative de diriger les conservateurs. Le parti a surtout fait les manchettes en courtisant la controverse, y compris les panneaux d’affichage anti-immigration et les commentaires incendiaires sur Twitter de M. Bernier au sujet de la militante climatique Greta Thunberg, âgée de 16 ans.

En ce qui concerne les fonds publics, M. Bernier s’est engagé à éliminer le déficit en deux ans en réduisant les dépenses consacrées aux subventions aux entreprises, à l’aide étrangère et au radiodiffuseur public du Canada, la SRC. Une fois qu’il aurait effacé le déficit, le Parti populaire a promis de réduire les impôts sur le revenu.

Bernier a également mis l’accent sur l’augmentation de la productivité des entreprises canadiennes. En plus de mettre fin aux subventions, le Parti populaire a promis de réduire l’impôt sur le revenu des sociétés de 15 % à 10 %, de supprimer la taxe sur le carbone et d’abolir l’impôt sur les gains en capital des particuliers pour encourager les investissements. Le parti est également en faveur des pipelines, M. Bernier s’engageant à utiliser la Constitution, si nécessaire, pour faire construire des infrastructures.